Histoire (véritable) de la Rose de Provins

La rose appelée aujourd’hui rosa gallica officinalis** mais dont le nom originel nous est inconnu est très probablement originaire du Caucase (actuel Nord Est de la Turquie). On y retrouve en effet des traces de cet arbuste depuis 3.200 ans. Cette fleur est incontestablement à l’origine de toutes les roses galliques cultivées en Europe (plus de 650 variétés). Elle a traversé les siècles, se satisfaisant de terres pauvres et de peu de soins, résistant aux maladies et aux climats les plus variés, appréciée pour son parfum mais essentiellement pour ses nombreuses propriétés médicinales***. Sa migration vers l’Europe s’opère très tôt avec l’invasion romaine (1er–3ème siècle). Les légions accompagnées de naturalistes l’acclimatèrent d’abord en Italie puis dans les territoires conquis de l’Empire et occupés par les colons. Les spécialistes s’accordent donc à dater les premières cultures de rosa gallica officinalis** en Brie méridionale dès les premiers siècles de notre ère.

Lors de la Croisade des Barons de 1239, le Comte de Champagne (Provins est alors en Champagne) découvre au Proche-Orient de nombreuses confiseries et pâtisseries à la rose qu’il s’empresse de faire adopter dans son palais de Provins. Les roses ne seront plus uniquement cultivées pour leur beauté et leurs propriétés phytothérapiques mais pour leur parfum. Les roses de Damas seront probablement importées à cette époque, soit près d’un millénaire après la rosa gallica**. Une légende locale sans fondement historique mêle et confond les deux variétés pourtant bien différentes. Les Comtes intensifient alors les cultures des vieilles roses sur les coteaux briards pour satisfaire le raffinement de leur cour. Provins devient rapidement le principal centre de production de la rosa gallica officinalis** par le phénomène de spécialisation locale qui caractérise cette époque.

rose

Le commerce des roses est alors particulièrement fructueux. De très nombreuses échoppes proposent pétales frais ou séchés, conserves, confits*, miellats, eaux et vinaigres de roses, huiles et graisses parfumées, sirops et alcools, gâteaux fourrés, coussins odoriférants, parures et chapeaux de fleurs…etc. Il semble qu’à la Renaissance l’exploitation des roses ait sensiblement décrue suite à la disparition des Foires de Champagne et des échanges internationaux qu’elles généraient.

En ce début de XXIe siècle, notre magasin est l’un des derniers producteurs provinois à cultiver dans sa roseraie (depuis un quart de siècle) des plants de roses anciennes fidèles aux origines, sans traitement ni engrais chimiques, pour préparer confits* et gelées fabriqués et vendus à Provins sous l’appellation des Comptoirs des Colporteurs. Description. La plupart des rosiers commercialisés aujourd’hui sous l’appellation Rose de Provins ou rosa gallica* ont été significativement appauvris par des siècles de culture intensive hollandaise, ils ne sont qu’un pâle reflet de la description de l’espèce par Redouté : « Cette belle variété se fait remarquer par le volume de ses fleurs semi-doubles, d’un beau rouge pourpre, solitaires ou réunies deux à deux à l’extrémité des rameaux. Les feuilles d’un vert profond sont légèrement gaufrées à nervures saillantes». Sa floraison s’épanouit de fin Mai à début Juin selon l’ensoleillement avec parfois un très léger regain en Septembre.

* Confit : de confire (XIIe siècle) qui signifie préparer des substances comestibles dans le but de les conserver. Le nom confiture est plus récent et s’emploie pour les préparations de fruits.

** Pour simplifier la lecture, nous mentionnons les roses selon leur dénomination du XVIIIe siècle.

*** Selon le Larousse des plantes qui guérissent (1974), les roses rouges sont toniques, puissamment antiseptiques, et cicatrisantes, elles participent à soigner la tuberculose, les hémorragies, la diarrhée, la dyspepsie, les maux de gorge, les maladies de peau, les affections des yeux, les hémorroïdes, les gerçures des lèvres, la débilité (fatigue) et soulagent des nausées et des brûlures… Belle et bonne panacée à cultiver. Sources bibliographiques : Legrand-Cochet. Les roses de Provins. SHAP. 1964 - Anny Jacob. Les roses anciennes et modernes. Ulmer. 1993 - Francis Joyaux. La rose de France. Imp. Nat. 1998 - Christophe Opoix. Description de Provins. 1847 - Pierre-Joseph Redouté. Notes sur le rosier de Provins ordinaire. B.N. - Charlotte Testu. Les roses anciennes. Flammarion. 1984